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Résilience de son exploitation laitière, quels leviers ?

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Chaque exploitant a son propre contexte local, ses propres objectifs. A chacun de trouver la voie la plus adaptée à ses attentes. Témoignages d’éleveurs sur leurs pratiques pour faire face à des aléas.

 16 et 17/11/2017 - Journée d’échange entre les éleveurs français des fermes pilotes dans le projet EuroDairy.

Au programme des échanges autour des stratégies mises en place sur les exploitations. Tous les volets ont été abordés : approche sociale, économique, environnementale… pour plus de résilience.

Mais la résilience d’une exploitation laitière, qu’est ce que c’est ?

Comme le dit Jean Marc Fournier, éleveur à Fiefs (Somme) et ferme pilote EuroDairy, « c’est un terme que je n’ai jamais utilisé mais que j’applique au quotidien sur mon exploitation ». Le groupe d’éleveurs EuroDairy Hauts-de-France a défini la résilience comme : La capacité d’adaptation de son exploitation face à des aléas à travers des facteurs sociaux, économiques et environnementaux.
Concrètement l’exploitation doit faire face à des aléas externes (climat, crise, sanitaire) et internes (social), sa capacité à y faire face, à s’adapter pour poursuivre sa course détermine sa résilience.

Comment peut-on mesurer la résilience d’une exploitation ?

C’est la question que s’est posé le groupe opérationnel EuroDairy Hauts-de-France, et des indicateurs simples et parlants ont été défini. Ils ont été mis sous forme d’outil Excel par les équipes des Chambres d’agriculture des Hauts-de-France. L’objectif de l’outil est d’avoir une vision globale de l’exploitation en étudiant tous les facteurs (stratégie, social, économie, technique, environnement), en prenant en compte l’échelle temps (résultats économiques sur 3 ans), et de concrétiser la résilience pour l’éleveur.
Le schéma sous forme de radar (ci-dessous) illustre le résultat. L’intérêt est aussi l’échange qu’il peut y avoir autour des pratiques mises en place.

 

 

Témoignages d’éleveurs sur leurs pratiques

Pour faire face aux aléas sociaux, être collectivement performant !

Damien Lecuir, GAEC NOURY basé dans le Calvados (Normandie)

Installé le 1er janvier 2006 avec un ami qui reprenait l’exploitation de ses parents et avec la reprise d’une seconde exploitation, ces 2 associés ont rationnalisé leurs systèmes décisionnel et productif afin de gagner en sécurité, efficacité, performance et sérénité.

Le premier axe de travail mis en place sur l’exploitation a été une mutualisation des compétences entre les associés du GAEC mais aussi des salariés. Ainsi, les compétences ont été identifiées et réparties sur l’ensemble du collectif de travail :

  • élevage, gestion, management, et commercialisation pour Damien,
  • conduite des productions végétales, matériel et mécanique pour l’associé et
  • polyvalence des salariés.

Le deuxième axe travaillé a été celui de la simplification du système de production (évolution vers une maximisation du pâturage et possible conversion à la bio) en intégrant des astuces organisationnelles (contention), techniques (gestion des vaches taries par lot de 14) ou sanitaires (suppression des vêlages de novembre à février).

Mais une des innovations du GAEC en matière de durabilité sociale est d’avoir su mettre en œuvre et de faire perdurer des stratégies et décisions toujours partagées entre associés, de la reconnaissance et des responsabilisations (allant même jusqu’à un projet de rénovation de logement proche de l’exploitation dédié aux salarié) et des formations régulières et motivantes des salariés.

Catherine BAUSSON - Chambre Régionale d’agriculture de Normandie

 

 

Un processus global dont l’envie des hommes et femmes est le principal moteur

Jérome LAVAL, GAEC du Mas d’Illins Luzinay (Isère Rhône-Alpes)

Installé avec sa femme Laurence depuis une vingtaine d’années, Jérome élève une centaine de laitières pour une livraison de 650 000 litres en conversion bio sur 120 hectares. Situé dans la vallée du Rhône en coteaux et sans irrigation, l’exploitation est dans une zone séchante avec une pluviométrie très irrégulière. Le déficit hydrique est accentué par des vents forts (sud et nord).

Un long chemin pour caler son propre système fourrager

D’un système fourrager classique, Jérome et Laurence ont progressivement arrêté la culture du maïs pour développer pâturage et stock d’herbe. Maïs ray-grass était la base des rotations, des stocks fourragers de l’exploitation et des rations des holsteins à haut potentiel. Avec des sécheresses estivales marquées, les rendements du maïs devenaient de plus en plus aléatoires avec un coût hectare et donc tonne MS élevé. La mécanisation importante et les pointes de travail que la culture génère ont peu à peu laissé la place à des cultures d’automne (céréales et méteil grain ou fourrages) moins gourmandes en intrant. Parallèlement le pâturage a été redéveloppé. Les sols sont légers, plutôt portants au printemps, le parcellaire assez groupé autour de la stabulation. Ainsi malgré une pousse de l’herbe très ralentie dès la mi-juin et jusqu’à fin août, l’ouverture des parcelles ensilées précocement permet de pâturer des repousses sur des grandes surfaces. Un lot de génisses et de taries exploitent les refus derrière les laitières. Il a fallu du temps, pas loin d’une douzaine d’années pour arrêter définitivement les cultures de printemps, tester et trouver les bons mélanges pour prairies temporaires. A base principalement de ray-grass hybride et trèfle blanc, les prairies sont productives, démarrent tôt au printemps et réagissent rapidement aux pluies de fin d’été. La multiplicité des coupes en ensilage associée au pâturage et aux méteils grain et fourrage assure, malgré un climat sec et aléatoire, des stocks fourragers suffisants, des rations équilibrées et peu onéreuses

Un processus global

Avant d’être une adaptation aux évolutions du climat, cette évolution de système est surtout le fruit d’une sensibilité des deux éleveurs : moins de mécanisation et d’intrants, une volonté de faire pâturer, de privilégier la santé du troupeau et la vie du sol sur les performances techniques. Ces valeurs ont guidé leurs choix. Progressivement, malgré les aléas de la vie ou économiques qui ont pu ralentir les évolutions souhaitées, les éleveurs ont mis en place le système qui leur correspond le plus. Le passage en bio récent est devenu une évidence pour mieux valoriser leur travail et leurs pratiques. Les résultats économiques semblent confirmer les bons choix même si rien n’est acquis. Ces évolutions se sont aussi traduites par le recours très important à l’ETA, aux matériels de la CUMA mais aussi au salariat. De manière à se concentrer sur l’essentiel : le troupeau et gagner en sécurité et confort de travail. Enfin plus récemment à la recherche d’animaux plus rustiques, davantage capables de valoriser l’herbe sous toutes ses formes, les éleveurs se sont engagés dans le croisement 4 voies (holstein/montbéliarde/brune/simmental). Les premières génisses vêlent. Il est encore trop tôt pour savoir si ce nouveau pari est réussi mais il est bien la preuve que la réponse aux aléas ne peut venir d’une ou deux solutions techniques mais est bien un processus global dont l’envie des hommes et femmes est le principal moteur.


Jean-Philippe Goron - PEP Bovins lait Rhône-Alpes

 

Le groupe opérationnel EuroDairy Hauts-de-France est composé d’éleveurs, de représentants de la filière lait, des OPA, de la recherche et de l’enseignement.